Un cheval bleu, une cage et un urinoir : le CSMPE a 90 ans

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Un bleu qui ne s’excuse pas

Sur un socle blanc, une palette de bois peinte en bleu porte un cheval de fil de fer, une cage à oiseaux, deux gants de boxe et un roi d’échecs en buis. Au mur, la plaque émaillée du club, façon rue de Paris, est brisée en trois morceaux. À droite, un urinoir, bleu et blanc lui aussi, frappé du logo de la Fédération française des échecs.

Tout est du même bleu, celui du club depuis toujours. Rien ne colle, et pourtant tout tient : c’est le portrait d’un club de quartier qui fête ses 90 ans sans nostalgie.

Ce que disent les objets

Le cheval est un cavalier, la seule pièce qui saute par-dessus les autres. Fait de fil de fer tordu, il n’a ni chair ni poids : c’est l’idée du coup, pas la pièce. La cage, posée contre son flanc, dit le reste : on enferme le cavalier sur un échiquier de 64 cases et il trouve quand même le moyen de sauter.

Les gants de boxe rappellent que les échecs sont un sport de combat. Pas de contact, mais des rounds, des coups, du sang-froid et de la fatigue. Le roi en buis, debout près d’un cavalier couché, raconte une partie finie : quelqu’un a gagné.

La plaque émaillée, brisée et recollée au mur, porte les mentions du club et son adresse web. Cassée, elle reste lisible : un club de 90 ans a connu des guerres, des déménagements, des présidents, et il est toujours là. Les feuilles de papier au sol, couvertes de notation, sont les parties jouées, oubliées, recomptées.

La palette et le socle en fonte d’un vieux poêle disent le reste : rien de précieux ici, du matériel de salle municipale, repeint et remis en service.

L’urinoir, ou Duchamp au club

L’urinoir n’est pas une provocation gratuite. En 1917, Marcel Duchamp signe un urinoir « R. Mutt », l’intitule Fontaine et en fait l’œuvre la plus discutée du siècle. Puis, dans les années 1920, il abandonne presque la peinture pour les échecs : il joue en équipe de France aux Olympiades, écrit un traité de finales et déclare que tous les artistes ne sont pas joueurs d’échecs, mais que tous les joueurs d’échecs sont des artistes.

Un urinoir bleu marqué du logo fédéral, c’est donc un double hommage : au ready-made et au joueur. L’ensemble de la pièce fonctionne d’ailleurs comme un ready-made collectif. Rien n’a été sculpté ; tout a été trouvé, repeint, assemblé. Un club n’est pas autre chose : des gens trouvés, des salles prêtées, du matériel qui sert depuis trente ans.

1936–2026 : un club municipal, pas un musée

Le Club Sportif Municipal de Puteaux – Échecs est né en 1936, l’année du Front populaire et des premiers congés payés, quand le sport ouvrier et municipal s’organisait partout en banlieue. Quatre-vingt-dix ans plus tard, il joue toujours au Palais des Sports, allée Georges Hassoux, à deux pas des tours de La Défense.

L’œuvre ne raconte pas un palmarès. Elle raconte une matière : du bleu, de la fonte, du fil de fer, du papier. Le club a survécu parce qu’il est fait de ça, de bénévoles qui repeignent, d’enfants qui apprennent le cavalier, d’adultes qui reviennent le mercredi soir et le samedi. La plaque cassée au mur n’est pas un deuil, c’est une pièce d’archive : on la garde parce qu’elle a servi.

Venez voir, venez jouer

On peut regarder cette pièce comme une sculpture ou comme un inventaire. Les deux lectures sont bonnes. La meilleure reste la troisième : pousser la porte du Palais des Sports, s’asseoir devant un échiquier et jouer le cavalier.

Informations, horaires et inscriptions sur puteaux-echecs.fr/rejoindre.